D'Erasmus à l'expatriation : le (long) épisode hollandais




Après mon Erasmus en Norvège, je n'avais envie que d'une chose : repartir, pouvoir découvrir un nouveau pays, une nouvelle langue, une nouvelle culture... J'ignore si c'est le choc du "Fjord remplacé par un HLM" mais le retour à la vie parisienne fut vraiment douloureux : je ne me sentais plus chez moi.
Puisque je souhaitais me spécialiser en droit européen, partir ailleurs ne pouvait être qu'une bonne opportunité. Là encore, c'est finalement le choix du pays qui fut le plus "long". Mes critères étaient les mêmes que pour Erasmus : il fallait trouver un pays un minimum dépaysant, avec possibilité de voyager facilement, où on peut s'exprimer en anglais dans la rue (sans que ce soit la langue natale) et òu je puisse trouver un Master de droit européen en anglais.
Et cette fois, le pays gagnant fut... *roulement de tambour* les Pays-Bas (oui, bon, d'accord, c'était un eu dit dans le titre). Comme quoi, le destin peut bien faire les choses des fois!


. Étape 01 - Le dossier
Comme j'étais déjà partie en programme d'échange, je ne pouvais bien entendu plus y participer... ou du moins, plus sous Erasmus. Il existe d'autres échanges mais l'idée de devoir aller à nouveau taper à la porte de l'administration me faisait un peu trop ricaner pour l'envisager sérieusement. Non cette fois, j'allais faire tout toute seule. Chaque université a son site internet (plus ou moins bien fait) et par chance, celui de l'université d'Amsterdam était très bien fait pour les étudiants étrangers.
Grosso modo, ici, les étapes sont :
. repérer les différents programmes et choisir celui ou ceux qui nous intéressent : en l’occurrence, c'était le Master Droit international et européen, mention Union Européenne (oui, c'est un peu long....)
. "retirer" le dossier en ligne : comprendre par là, télécharger le fichier pdf et noter tous les documents qu'il faudra ajouter
. vérifier la date de dépôt des candidatures : ironie du sort, c'était la même date que pour Bergen (oui, je crois vraiment en ma bonne étoile norvégienne et vous allez comprendre pourquoi).

A première vue, rien de bien difficile (d'ailleurs, jusque là, c'était la même chose que pour Erasmus puisque j'avais aussi dû retirer le dossier en ligne). Chaque université demande des papiers différents mais le "tronc commun" sera toujours :
. CV + lettre de motivation -  j'ai juste adapté un peu mon dossier norvégien
. Notes universitaires + diplôme de la licence - ce point-ci va nécessiter un chapitre à lui tout seul
. Lettre de recommandation - j'ai dû vaincre ma timidité, aller voir mon prof de droit européen qui me faisait flipper et lui demander une lettre... or bien sûr, je n'avais jamais eu ce prof auparavant et on ne peut pas dire que les cours d'amphi à 200 permettent de vraiment se connaitre. Il a quand même accepté, à condition que je lui transmette mes notes de 2e année et de Norvège... et surprise, il m'avait fait une superbe lettre.
. Test d'anglais - en l’occurrence, c'était le TOEFL et je devais avoir min. 87/120 (le seuil dépendra de l'université... pour le fun, ma fac française demandait 100/120 pour le cursus européen... alors que les profs eux-mêmes avaient un anglais médiocre). Ce test m'a donné des suées froides sur place (mon ordinateur a planté en plein milieu de l'examen... la poisse totale) mais je l'ai eu haut la man, youhou!
(pour un dossier Erasmus, vous n'avez en principe pas besoin d'une lettre de recommandation puisque vous partez en échange et que ce sera votre fac qui vous sélectionnera... le test d'anglais, cela va dépendre... perso, j'attends encore que ma fac l'organise).


. Étape 02 - Le changement de fac... ou le retour de l'administration dans toute sa splendeur
Attardons-nous donc sur le point "Notes + Diplôme".
Premier problème : au moment où je faisais mon dossier, ma fac était en grève... alors en soi, les cours étaient assurés... mais l'administration n'existait plus (ce qui, franchement, ne s'est pas vraiment vu). Conséquence : rétention des notes. Je vois votre regard circonspect... la rétention des notes, ça veut dire que vous n'avez pas accès à vos notes : les profs ont bien corrigé votre examen, rentré les notes dans le système... mais l'administration refuse de les rendre publiques. Et quand vous avez besoin d'un papier officiel certifiant ces fameuses notes... parce que du coup, là, on se retrouve coincé.
Mais étoile norvégienne mon amour, je n'avais pas passé mes épreuves en France mais à Bergen... J'avais donc mon relevé. Alors certes, les notes doivent être traduites mais par chance, Amsterdam s'en fichait royalement de cette traduction puisque Bergen était en partenariat direct avec eux (vous comprenez pourquoi j'aime ma bonne étoile).

Deuxième problème : toujours au même moment, j'étais en licence donc je ne pouvais pas transmettre mon diplôme puisque je ne l'avais pas encore. Mais là aussi, les Néerlandais sont assez pragmatiques pour le comprendre: j'avais donc jusque fin Aout pour le transmettre.
C'était donc dans cette insouciance typique des étudiants que j'attendais (avec beaucoup d'anxiété) la réponse d'Amsterdam... et la lettre arriva 15 jours plus tard, accompagnée d'un hurlement de joie. J'ai donc commencé toutes les démarches nécessaires (trouver un logement, payer les frais d'inscription en pleurant un peu vu le montant).
Mais forcément, ça allait trop bien pour que ce soit vrai. Mi-Juillet, les notes n'étaient toujours pas publiées... or si j'avais pu esquiver le premier semestre, j'avais à tout prix besoin du deuxième... Alors vous me direz "ça va, panique pas, t'as jusque fin Aout"... Oui, mais non : parce que voyez-vous, ma fac est fermée en Aout. Donc il me restait moins de 10 jours pour envoyer ces fichus notes et ce fichu diplôme... Et soudain, ô miracle, les notes ont été publiées. Joie immense, je scanne et email tout ça à Amsterdam et laisse exploser ma joie... qui ne sera que de courte durée. Le 31 Juillet, je reçois un appel de Niels, le responsable des étudiants étrangers à Amsterdam, me demandant mon diplôme certifiant que j'ai bien ma licence. Et oui, mon bulletin de note prouvait seulement que j'avais bien validé ma 3e année, pas que j'avais fini ma licence... Petit moment d'incompréhension jusqu'à ce qu'on m'explique que certains cursus prévoient une licence sur 4 ans (et non sur 3, comme c'est la règle européenne) et qu'il lui fallait un papier certifiant que j'avais ma licence. Sauf que bien sûr, personne ne répondait à Nanterre et que le temps d'y aller, tout serait fermé... Je crois que je ne me suis jamais sentie aussi impuissante. Mais le pire, ce fut d'appeler mon père, lui expliquer la situation (et qu'il comprenne ce qu'il se passait entre mes sanglots)  et qu'il réussisse à avoir quelqu'un à Nanterre (ou comment passer pour une idiote aux yeux de ses parents) qui lui dise "ha ben elle avait qu'à s'y prendre plus tôt, on lui aurait fait un papier... là, faudra revenir en Septembre". Pendant un instant, j'ai vu des instruments de torture défiler dans ma tête...
Mais ô bonne étoile, je t'aime, j'avais une arme secrète à Amsterdam : peu avant de partir en Norvège, j'avais rencontré un Néerlandais vivant à Amsterdam et qui était devenu mon choupinou d'amour... Et je ne sais pas comment il s'y est pris, mais il a pu aller à la fac pour moi, voir Niels et tout lui expliquer... et obtenir un report pour fin-septembre. Danse de la joie!! J'ai donc pu emménager fin Aout dans mon petit appartement étudiant et commencer les cours pendant que mon père eut la joie immense d'aller faire un tour dans ma fac, récupérer le fameux certificat (notez au passage qu'il a tout eu tout de suite... comme quoi, si vous avez un problème administratif, amenez quelqu'un d'un peu baraqué, avec un air de "me fais pas ch*** sinon je vais t'en coller une" et tous vos problèmes seront résolus) et pu compléter l'inscription.Je suis donc officiellement devenue étudiante aux Pays-Bas!


. Étape 03 - L'installation
L'université d'Amsterdam est assez bien organisé et comme pour la Norvège, le logement a été réglé en remplissant mon dossier initial. Par contre, contrairement aux Erasmus, il a fallu régler les frais d'inscription locales... et là, c'est moins avantageux. A régler aussi : la sécurité sociale (soit vous gardez la Sécu française, soit vous pouvez prendre celle du pays... je vous conseille la Française quoiqu'il arrive).


. Étape 04 - Le séjour
Il ne m'aura fallu que quelques jours pour tomber amoureuse d'Amsterdam. Impossible de ne pas tomber sous le charme de cette ville, avec ses canaux, ses vélos (parfois suicidaires), son calme, ses maisons typiques, à briques... Mais surtout, impossible de ne pas s'y sentir apaisé : on a beau être dans une capitale européenne, on s'y sent bien, serein et pas du tout stressé. On profite de chaque instant. Tout est à échelle humaine: pas besoin de courir partout... et pouvoir rentrer chez soi à vélo, le long des canaux, c'est quand même quelque chose de magique.
Amsterdam est aussi une ville un peu bohème avec tous ses (immenses) parcs et musées (ça va du musée du sexe au musée de la Bible, en passant par l'Hermitage, Van Gogh ou Anne Franck). Dès qu'un rayon de soleil pointe le bout de son nez, les rues se mettent à bouillonner et les terrasses de café se remplissent en l'espace de quelques secondes, les bateaux prennent d'assaut les canaux et chaque minute devient festive. Mais dès qu'on s'éloigne un peu du centre, tout redevient paisible et on croisera un héron traverser sur un passage piéton... et si l'on veut vraiment sortir de la ville, il suffira de prendre son vélo ou de prendre le train et d'aller se promener vers la Route des Fleurs pour profiter de la magie des tulipes (bon, à faire au printemps seulement) ou d'aller voir des moulins.


La vie universitaire était aussi très bien organisée: contrairement à mon Erasmus, cette fois, je me suis sentie intégrée à la vie hollandaise. Peut-être parce que cette fois, on était tous mélangé et qu'il y avait pas mal d'étudiants néerlandais en cours. Parce que les cours incluaient un peu de culture néerlandaise avec les blagues locales et le contexte politique qu'il nous manquait parfois. Et surtout parce que nos profs faisaient en sorte qu'on se sente un peu hollandais aussi. J'ai eu des cours absolument géniaux (mention spéciale aux cours de droit constitutionnels européens, qui auraient pu être indigestes sans mes deux profs... tous deux fan de la France d'ailleurs et n'hésitant pas à me faire des blagues que seules des Français pouvaient comprendre) et une administration efficace. Et gros plus: on était en plein centre.


Et une vie universitaire sans une vie étudiante, c'est impossible. Amsterdam est une ville cosmopolite (l'an passé, on y a recensé un peu plus de 160 nationalités différentes) et cela se sent quand on y étudie... Même dans mon cursus de droit européen, je pouvais discuter avec des Américains ou des Chinois et ça, c'est quelque chose de super enrichissant (croyez-moi, on ne voit plus les problèmes de la même façon et on relativise). Qu'on soit à la cafétéria ou en cours, on se sent dans un vivier international et on apprend tous les jours de nouvelles choses.


On s'y sent tellement bien qu'à la fin de mon Master, je ne me voyais pas repartir... et c'est comme ça que depuis 2ans, j'ai officiellement rejoint le lot des 5000 Français expatriés à Amsterdam.
Vous pouvez d'ailleurs me retrouver en interview chez Sylvie sur le sujet de l'expatriation... je vous conseille d'ailleurs de lire le super dossier qu'elle a mis en place, il est vraiment très bien fait.
Et si vous avez des questions, je serais ravie de pouvoir vous aider.

14 commentaires:

  1. Qu'est-ce qu'elles sont belles tes photos!!! Les facs sont vraiment terrible au niveau de l'administration! Cette année ma soeur revient d'Erasmus en République Tchèque, tout a été validé mais on ne lui a pas donnée le document avec ses notes prouvant que c'était validé du coup elle doit refaire son M1! A croire qu'ils ne se rendent pas compte des implications que leur bêtise entraîne! Heureusement tout s'est bien finit pour toi!

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    1. La chance que j'ai eu, c'est de n'être partie qu'un semestre... Mais je crois qu'à la place de ta sœur, j'aurais vraiment pété un plomb... J'espère pour elle que ça va bien se passer pour la suite!

      Merci pour les photos :)

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  2. Ro c'est génial :) Malgré tes péripéties, ton récit donne envie de partir là bas :) des bisous!

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    1. Merci :) N'oublie pas ton parapluie si tu vas bien par contre :)
      Des bisous!

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  3. Wow, c'est une belle histoire qu'on a là! J'adore quand tu parles de tes embrouilles avec la fac, ca m'a rappelé aussi de mauvais souvenirs après mon année Erasmus et encore d'autres après la fin de mon stage à l'étranger...
    Tant mieux si tout se passe bien à Amsterdam pour toi! C'est clair que quand on commence à voyager ou s'installer à l'étranger, il devient de plus en plus difficile de revenir à la maison. Le monde est vaste et ce serait tellement dommage de ne pas pouvoir en profiter quand on est jeunes!

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  4. Salut à toi!
    Tout d'abord je tiens à signaler que j'ai fortement apprécié ton récit. Je suis moi même étudiant et après plusieurs voyages durant lesquels je suis littéralement tombé amoureux d'Amsterdam j'ai pour projet de passer un an d'études là bas (J'aimerais passer mon année de M2 là bas, je viens d'obtenir ma licence).
    J'aimerais donc te poser une question qui me taraude et pour laquelle je n'ai pas trouvé de réponse: ma fac ne propose pas d'échanges avec Amsterdam et j'ai donc décidé d'y aller et de m'inscrire tout seul comme un grand, seulement je n'ai trouvé que des renseignements pour s'inscrire dans un cursus complet de Master (soit le M1 et le M2) et je n'aimerais faire que mon M2 là bas. Sais-tu si il est effectivement possible de s'inscrire uniquement pour une année en étant un étudiant étranger hors échange? Ce projet me tient vraiment à coeur donc j'essaie de m'y prendre le plus tôt possible (1 an et demi d'avance ne sera pas de trop je pense).
    En espérant que tu me lises.

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    1. Est-ce que tu peux me contacter par email : mili.taco.en.vadrouille@gmail.com ? Ca sera plus simple pour rentrer dans les détails :)

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  5. Cette expérience me fait rêver... Je suis actuellement en deuxième année d'IUT Technique de commercialisation. J'envisage de partir à l'étranger pour la poursuite de mes études. Est-ce possible de bénéfier de la possibilité qu'offre Erasmus après un IUT? Quelles démarches dois-je faire pour partir l'année prochaine? Dans quels délais?
    Merci d'avance,
    Cordialement.

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    1. Est-ce que tu pourrais me contacter par email : mili.taco.en.vadrouille@gmail.com ? Mon commentaire risque d'être plus long que le post en lui-même...

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    2. MILI, j'aimerais également en savoir plus sur Amsterdam. Puis-je encore te contacter par mail?

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  6. Bonjour Mili,
    Je suis moi aussi tombée sous le charme D'Amsterdam et depuis 3 ans (le début de ma licence de droit) je ne cesse de faire des allers retours.
    J'ai pensé faire un erasmus mais mes professeurs de Fiscalité et de droit des Affaires m'ont vivement déconseillé car aucun M2 droit des affaires fisca me prendrait par la suite en M2.
    Comme je souhaite y habiter plus tard, en lisant ton aventure, il me semble que je devrais faire de même et partir faire mon M1 et M2 à Amsterdam pour pouvoir ensuite m'y installer.
    Je suis actuellement à Amsterdam, si jamais tu as le temps je serai ravie de pouvoir en parler avec toi.
    Peut on parler par email?
    Merci!

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    1. Envoie-moi un email en effet : mili@theflyingdutchwoman.com Et si tu es sur Amsterdam, on peut aller prendre un café/thé ensemble pour en parler de vive voix si tu veux :)

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  7. bonjour :)

    J'ai à peut-près le meme parcours que toi et ton blog m'a beaucoup aidé pour prendre la décision de faire mes études aux Pays-Bas ( j'entame les démarches). Est ce que je pourrais avoir ton email pour parler plus amplement de tes études ( démarches, vie là bas ect) :) A bientot j'espere !Gladys

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    1. Bien sûr :) Tu peux me contacter ici : mili@theflyingdutchwoman.com

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