Roadtrip dans les Balkans : Bosnie-Herzégovine



Chère Bosnie-Herzégovine,
Dire qu'on a failli passer à côté de toi... au départ, on devait juste rejoindre le Monténégro et la Croatie, en passant par la côté... Et puis en regardant la carte d'un peu plus près, on s'est dit que passer par chez toi serait une bonne alternative, nous éviterait d'emprunter plusieurs fois la même route, aussi jolie soit-elle, et qu'on pourrait te découvrir, avoir un petit avant-goût de ce que tu peux offrir. Alors oui, 24h en Herzégovie, c'est trop peu... et pourtant, ça a été suffisant pour tomber sous ton charme.
On est arrivé depuis les chaînes du Durmitor, en suivant les gorges et canyons, donc autant dire par les coins les plus beaux. À peine passé le poste de frontière qu'on continue à en prendre plein les yeux. Notre première impression : très nature, très beau... mais une plaie pour pouvoir s'arrêter et profiter un peu de ces routes de montagnes que j'aime tant (conpréhensible évidemment, puisque malheureusement le pays n'a toujours pas pu être complètement déminé). On arrivera quand même à voir le soleil passer derrière la montagne, faire une petite pause autour d'un lac où les rafales de vent viennent baisser une température qui s'est bien réchauffée maintenant qu'on a descendu en altitude... On arrivera même à s'émerveiller après le coucher de soleil, quand le ciel s'embrase : on est au milieu de nul part, plus très loin de Mostar, une ferme de l'autre côté de la route avec un chien qui cherche à venir me rejoindre, sous le regard amusé (et attentif) de son maître. Des anecdotes comme ça, on va les collectionner chez toi...







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| Mostar

C'est donc de nuit que l'on va arriver... Un peu perdu, je dois l'admettre : notre carte et GPS ne connaissent pas la rue que l'on cherche et si Google la reconnaît, on a du mal à la retrouver parmi tout ce dédale (et les plaques de rues inexistantes). Ça nous permettra de prendre un premier contact avec tes habitants, absolument adorables, qui viennent immédiatement nous aider, en allant chez le voisin sur Internet pour visualiser où ça se trouve et nous indiquer le chemin. Le temps d'aller faire quelques petites courses, où l'épicière nous permet gentiment de payer en euros comme on n'a pas encore eu le temps de changer de devise et de s'amuser avec quelques gamins, tout content de balbutier quelques mots d'anglais, et nous voilà chez nous pour la nuit, à préparer notre programme du lendemain et se reposer.
Je ne vais pas te mentir, j'avais un peu peur pour le réveil : j'avais repéré la mosquée au bout de la rue et qu'on y serait un vendredi... Pour avoir passé des étés chez mon arrière grand-mère, place de l'église, les dimanche matin, je sais à quel point ça peut vite devenir bruyant... Et finalement, pas du tout : l'appel à la prière s'est fait de façon très douce, l'entendant uniquement parce que j'étais déjà réveillée et que je cherchais à l'entendre. Je n'arrive pas à me rendormir alors je me décide d'en profiter et d'aller me balader en ville. On est trop bas en altitude pour vraiment voir un lever de soleil mais peu importe. Il fait encore sombre, le ciel légèrement rosé... J'ai l'impression d'avoir la vieille-ville juste pour moi... seuls des chats viennent m'accompagner, chacun à leur tour, comme s'ils prenait la relève. Tout est calme, encore endormi... même ton pont le plus connu, Stari Most, est exceptionnellement vide (et tu sais à quel point c'est rare). Les bonnes odeurs de nourriture font gargouiller mon estomac sans cesse : je suis partie sans le remplir et clairement, il n'hésite pas à montrer son mécontentement... Ça et l'envie de prendre un thé à la menthe qui se fait de plus en plus sentir. Le jour commence à se lever, berçant les vieilles pierres d'une lumière toute douce et qui contraste tellement avec les cicatrices de la guerre, bien visibles sur certains murs. Une douceur ambiante qui vient apaiser ces blessures d'une guerre dont on parle finalement assez peu, en comparaison, et qui n'est pourtant pas si lointaine, ni dans le temps, ni dans l'espace... et ni dans l'actualité. Des impacts encore bien présents, une volonté des habitants, rappeler pour ne jamais oublier.
Je rentre à la maison, prendre le petit-déjeuner, ranger nos affaires, avant de retourner dans la vieille-ville, avec l'homme cette fois. Il n'est pas encore 9h, mais les premiers groupes sont déjà là, agglutinés sur le pont. En l'espace d'une heure à peine et le contraste saisit. Je chéris ma toute première visite, tellement émotionnelle, presque intimiste... J'avais besoin d'être seule, perdue dans mes pensée, avec ces souvenirs de guerre en toile de fond... à penser à Sarah, ma meilleure amie d'enfance, qui vient de cette partie d'Europe. Même si on s'est un peu perdu de vue, je me suis sentie un peu plus proche d'elle en parcourant ces rues dont elle me parlait lors de ces après-midis passés chez elle avec ses petites soeurs, chez moi, à la bibliothèque... Ces heures qu'on a passé à discuter de tout et de rien, de ses origines au départ un peu secrètes, pas par honte mais par habitude, par peur... à parler de ce pays dont elle se souvenait de moins en moins avec les années, avant de pouvoir y retourner, retrouver ceux qui ont survécu, pleurer ceux qui ne sont plus...
Mais tu vois, malgré tout, ce qui m'a plus marquée en parcourant tes rues, c'est ta beauté, ta persévérance, ta joie de vivre et la gentillesse de tes habitants. J'avais besoin d'être seule dans mes pensées et dans tes rues pour mieux le réaliser et l'apprécier.













 







  







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|Blagaj

On a presque abandonné et rebroussé chemin en arrivant... Pas loin de Mostar, plein d'excursions en cars sont disponibles dans le centre pour aller voir ce très joli monastère, maison des derviches (musulmans soufis), au bord de la rivière Buna, au bleu si clair et turquoise. La multitude des cabanes en bois où l'on vend des produits régionaux (mais qui se ressemblent tous au point de se demander si ce sont vraiment des produits artisanaux) et des cars nous effrayent un peu mais on tentera... heureusement! Il suffit de traverser le pont et de passer sur l'autre rive, face à la maison pour être à nouveau seul. On est à nouveau dans le calme, profitant de la beauté naturelle de ce lieu... On se pose sur la petite colline, les odeurs des restaurants venant jusque nous.










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|Pocitelj 

Si on a vite délaissé Blagaj, on a tout aussi rapidement eu un coup de coeur pour ce village fortifié... Là aussi, pas mal de cars sur le parking... Mais le gros avantage, c'est que le village est tout en hauteur, avec une multitude d'escalier (aux pierres bien glissantes), donc facile pour semer tous les petits pépés et mémés qui restent en bas*. Un village en pierre, encore habité et qui permet de garder son âme et authenticité... On adore se perdre dans ce dédale, à l'abri des grenadiers... On arrive pile à l'heure de la prière, le chant du muezzin est doux et harmonieux, venant rythmer notre montée. Il y a un côté reposant dans ce village, alors même que la chaleur et la pente ont tendance à plutôt fatiguer... Contradictoire je sais, et pourtant... On arrive tout en haut, avec une vue magnifique sur le reste de la vallée et du village... On finit par papoter avec une habitante, qui nous régale avec son jus de grenade maison bien frais (sorti tout droit du congélateur), heureuse de pouvoir parler un peu anglais. Comme beaucoup ici, elle a fui son pays, réfugiée en Allemagne pendant la guerre et revenue au début des années 2000... plus tout à fait d'ici, mais pas tout à fait de là-bas non plus. Mais là aussi, ce que je retiens avant tout, c'est surtout son grand sourire, sa gentillesse et sa joie de nous parler de son village, de ses deux pays, celui de naissance et celui d'adoption, de pouvoir échanger. Dans la cour, son papa, sur sa chaise à bascule, nous regarde, avec un sourire amusé, corrige sa fille sur quelques points... On a presque cette impression de retrouver des amis lointains... On redescend, presque à contrecoeur mais comme notre nouvelle amie nous le dit si bien : la suite de nos aventures nous attend... et le meilleur pour la fin : les cascades.


















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|Chutes de Kravica

Un peu au milieu de nul part, on arrive dans ce parc que tous les locaux adorent (à juste titre). On est presque tenté de sortir les maillots de bains... 30 degrés mi-Octobre, j'ose à peine imaginer tes températures estivales. Petit souci au départ de la descente : mon genou décide de faire des siennes, comme s'il était sur le point de flancher complètement. Je devrais m'arrêter mais le bruit des chutes d'eau m'encouragent à continuer... Je sens que la montée va être bien fun. En bas, tout le monde semble se réunir à deux endroits : le bar et le petit promontoire qui donne vue sur les cascades. On s'aventure un peu plus loin, se décidant à aller sur l'autre rive. On n'est pas bien sur, mais on tente... C'est une vraie petite aventure, entre le gué à traverser, le monticule de terre à grimper alors que le pied ne fait que glisser, avant de s'enfoncer dans la forêt sans être complètement certain d'être sur le bon chemin... Je crois qu'on a passé une bonne partie à rigoler, se demandant où on allait bien arriver quand miracle, le bruit de l'eau s'intensifie : on est arrivé. Quelques personnes avec nous, tous avec un petit sourire en nous voyant arrivé comme si on partageait tous le même secret. On se pose et bouquine un peu, on s'émerveille un peu... on cherche surtout un moyen pour prolonger notre présence ici... Comme je te disais, 24h c'est trop peu, mais suffisant pour tomber sous ton charme. Alors en attendant de pouvoir revenir un jour, je me replonge dans mes photos, dans tous ces souvenirs que j'ai de toi...
À bientôt...














* J'utilise l'expression "les petits pépés et mémés" affectueusement ici, la phrase me rappelant ma grand-mère qui l'utilisait sans cesse... et qu'on se comprenne bien : je ne reproche absolument pas aux personnes âgées de voyager, bien au contraire : je sais à quel point mes grands-parents s'étaient sacrifiés pour voyager pendant la retraite, avant que la maladie ne les rappelle et change les plans. Mais punaise, qu'est-ce que je déteste les voyages organisés en masse où les gens bloquent tous les accès, n'en ont rien à faire s'ils gênent et sont malpolis/irrespectueux.

4 commentaires:

  1. C'est tellement joli ! J'aime beaucoup cette architecture en toute simplicité qui se mêle à la nature. Merci pour ces jolies photos !

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  2. Quelle belle idée ce détour ! C'est tellement pittoresque et les cascades... wahou !

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  3. Merci pour ce récit et ses photos qui donnent envie de découvrir ce pays !

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  4. C'est drôle, nous aussi on s'était perdues de nuit dans Mostar pour trouver notre hébergement :)
    C'est très différent de voir tes images d'une autre saison de ce petit pays peu connu...
    (Puis ces cascades <3 )

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